En Corée du Sud, pas de boulot pour les chauves

M. Kwon, un trentenaire habitant à Séoul, se voit signifier lors d’un recrutement qu’il n’est pas employable. La raison invoquée : il est chauve.

 

Un article LE MONDE | Mis à jour le 04.02.2017

Par Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)

 

C’est l’histoire de M. Kwon, un trentenaire habitant à Séoul. En mai 2016, il répond par mail à une offre de petit boulot émise par un hôtel 5 étoiles. La mission : guider les clients lors d’un événement annuel, les servir au moment du repas et participer au nettoyage des lieux.

Le responsable du personnel répond favorablement et ajoute des instructions sur la tenue, appelant notamment à avoir une « coupe nette ». Le jour dit, M. Kwon se présente et trouve un chef du personnel embêté. Après consultation de sa direction, celui-ci signifie au recruté qu’il « ne peut pas travailler avec lui », lui reprochant de ne pas avoir une « coupe nette ». De fait, M. Kwon est chauve.

 

« Inadéquat »

 

S’estimant lésé en raison de son apparence, l’homme saisit la commission sud-coréenne de lutte contre les discriminations.

Pour sa défense, l’établissement explique qu’il juge « inadéquat de recruter une personne chauve car un emploi dans un hôtel implique principalement de s’occuper de la clientèle. La calvitie pourrait gêner certains clients. » Ce à quoi la commission répond, le 25 janvier, que « considérer M. Kwon comme ne pouvant pas assurer un service à la clientèle et refuser de l’embaucher simplement parce qu’il est chauve s’apparente à un acte discriminatoire ».

CEUX N’AYANT QU’UNE CALVITIE NAISSANTE JOUENT DU PEIGNE POUR UN STYLE BAPTISÉ AU JAPON « BAKODO » (LE CODE-BARRES).

En Corée du Sud comme au Japon, les chauves sont souvent moqués, la calvitie étant considérée comme une atteinte à la virilité. Beaucoup de jeunes hommes redoutent de perdre leurs cheveux par crainte d’être pénalisés professionnellement, voire de ne pas pouvoir se marier, parce qu’ils auraient l’air « trop vieux ».

Si bien qu’ils ont recours à de multiples artifices pour masquer ce qu’ils perçoivent comme un handicap. Ceux n’ayant qu’une calvitie naissante jouent du peigne pour un style baptisé au Japon « Bakodo », la coupe ressemblant à un code-barres.

 

Un marché de plusieurs milliards

 

L’image de la calvitie est si négative qu’elle alimente un énorme marché – pour les hommes comme pour les femmes. En Corée du Sud, il s’établissait, en 2015, à 3 000 milliards de wons (2,4 milliards d’euros environ).

Le nombre de personnes suivant un traitement augmente de 4,8 % par an, a calculé le service d’évaluation de la Sécurité sociale, et 30 % des patients seraient des hommes entre 30 et 50 ans.

Au Japon, le géant des cosmétiques Shiseido pourrait mettre en vente, dès 2018, un nouveau traitement, mis au point par le canadien Replicel, axé sur la réplication de cellules du cuir (toujours) chevelu dans les zones chauves – une première au monde.

Quant à la gamme RiUP du géant de la pharmacie Taisho, elle se vend toujours bien. Lancée à la fin des années 1990, elle fut la première lotion contenant du minoxidil, un produit contre la chute de cheveux, vendue au Japon.

La marque Aderans, elle, créée en 1968 à Tokyo, multiplie les publicités dans le métro ou à la télévision pour ses dernières technologies d’implants ou ses perruques les plus discrètes. Elle ne précise pas si cela peut aider à trouver du travail.

10 novembre 2017 à 10:57